Curriculum vitæ à regarder
Dans les métiers et professions de l'image, les employeurs et les clients parcourent très vite les curriculum vitæ et notes biographiques. Ils veulent voir et très souvent toucher.
"Votre portfolio est la seule façon pour les autres d'évaluer votre talent. C'est la seule chose qui vous permettra de trouver un emploi dans un département de création", affirme sur son site Internet la Chicago Portfolio School.
Cet établissement enseigne, exclusivement, l'art du portfolio et du marketing de soi.
Ses étudiants consacrent un an à créer et à réunir les 15 à 20 exemples de leur travail que contiendra cette porte d'entrée sur le marché du travail.
Hélène Godin, directrice artistique de Diesel Marketing Communication Design, résume les qualités des portfolios de cette école. "Ils sont très classiques, très beaux et les pièces soumises sont choisies minutieusement", dit-elle.
Voilà ce que réclament tous les décideurs consultés par La Presse dans les domaines de la publicité, des médias, de l'édition et de l'architecture.
Non aux gadgets
Il y a quelques années, un chercheur d'emploi a déposé chez Diesel un portfolio accompagné d'un échantillon de son sang.
"Tout le monde l'a remarqué mais sa candidature n'a pas été retenue. Comme concept publicitaire, c'était plutôt raté et de mauvais goût", raconte Hélène Godin.
Diesel déteste les offres de service enrobées de gadgets en trois dimensions ou les présentations numériques aux multiples hyperliens.
"Nous recherchons l'originalité dans le contenu du portfolio, pas dans son contenant. Nous apprécions la simplicité et la propreté. Nous aimons que les pages du portfolio se tournent facilement", dit-elle.
Tous les candidats qui passent le test de la présélection sont invités à lui présenter ce qu'elle appelle leur "livre".
Pour cette présélection, Diesel préfère toutefois recevoir par courriel un CV électronique accompagné de quelques exemples de réalisations en format PDF.
"Deux ou trois images suffisent mais l'idéal est que le candidat nous envoie son TOP 10, jamais plus. Cette sélection nous donne des indices du jugement critique du candidat sur son travail", précise Mme Godin.
Isabelle Lépine, conceptrice graphique chez Québec-Amérique, favorise une méthode similaire pour la présélection des illustrateurs. La maison d'édition demande de transmettre par courriel un CV électronique accompagné de quelques images digitalisées ou comprenant des hyperliens avec le site Internet du candidat. Elle consulte le portfolio physique à la deuxième étape.
Pas d'unanimité autour du numérique
Chaque année, l'École de design graphique de l'UQAM reçoit 400 demandes d'admission. Depuis quelques années, son comité de sélection refuse les portfolios sur support numérique.
"La consultation des documents numériques prend énormément de temps. Certains candidats oubliaient de joindre leurs pièces à leur demande. Tout doit être imprimé", explique Frédéric Metz, directeur de l'École.
"Dans l'industrie, certains préfèrent le papier. D'autres le numérique. Les candidats doivent vérifier auprès des clients et employeurs éventuels. Leurs préférences sont souvent indiquées sur leur site Internet", poursuit-il.
François Émond, directeur artistique du magazine Québec-Science, préfère - et de loin - consulter des portfolios imprimés qui contiennent une sélection des meilleurs pièces. Il aime bien également les courriels avec quelques images jointes ou des hyperliens du site Internet.
Il reçoit même volontiers, sur rendez-vous, les candidats qui veulent lui présenter leur travail. "En 10 minutes, je peux avoir une excellente idée du style du photographe ou de l'illustrateur et de la qualité technique et artistique de ses réalisations", dit-il.
M. Emond, comme plusieurs autres décideurs, a énormément de réserves sur les DVD et les cédéroms parce qu'ils sont longs à consulter et que les ennuis techniques sont fréquents.
Par contre, les CD et DVD sont la norme à La Presse pour le choix des collaborateurs et stagiaires en photographie. De plus, ces documents doivent contenir, idéalement, un nombre beaucoup plus élevé de pièces qu'ailleurs, soit une cinquantaine de photos accompagnées de légendes.
"Les candidats doivent à la fois démontrer qu'ils sont polyvalents, qu'ils sont en mesure de faire des choix et qu'ils écrivent sans faute. C'est ce qu'ils auront à faire pour nous", explique Pierre Côté, chef de division photo à La Presse.
L'autre règle d'or est là. Peu importe leurs préférences quant aux supports, tous les décideurs veulent recevoir des candidatures qui collent avec leurs besoins et avec leur mission.
"Idéalement, un photographe ou un illustrateur devrait avoir plusieurs outils de démarchage, selon les catégories de clients ou de mandats", résume Élisabeth Pelletier, directrice de l'Association des illustrateurs et illustratrices du Québec.
Et comme ces outils font toute la différence, il vaut la peine d'investir temps et argent dans leur création. À Chicago, ils y mettent un an!
Jacinthe Tremblay, collaboration spéciale, La Presse
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